Auto‑édition et retraite se combinent très bien… à condition de comprendre dans quel cadre vous publiez vos livres et comment vos revenus d’auteur sont déclarés.
L’objectif n’est pas de « perdre » vos droits à retraite, mais au contraire de savoir dans quel régime vous cotisez (ou pas) et ce que cela change pour vous en activité, en cumul emploi‑retraite ou une fois entièrement à la retraite.
NB : cet article n’est pas un conseil fiscal, simplement une synthèse des informations générales que l’on peut trouver.
0. Auteurs avec redevances, impôt IR… mais aucune cotisation retraite
Certaines situations conduisent à ce que vos revenus d’auteur ne génèrent aucun droit nouveau à la retraite :
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Vous touchez des redevances (KDP, BoD, éditeur, sociétés d’auteurs),
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Vous les déclarez uniquement à l’impôt sur le revenu (micro‑BNC, BNC ou traitements et salaires),
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Mais vous n’êtes ni déclaré ni affilié au régime social des artistes‑auteurs, et vous ne versez pas de cotisations sociales spécifiques sur ces revenus (URSSAF artistes‑auteurs, assiette retraite, IRCEC, etc.).
Dans ce cas :
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Vos redevances restent des revenus imposables,
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Mais elles ne créent aucun trimestre ni aucun point de retraite, ni dans le régime de base, ni dans une complémentaire d’auteurs.
1. Le cas général : les revenus d’auto‑édition restent des revenus d’auteur
Depuis le décret 2020 et sa mise en œuvre en 2021, les revenus tirés de l’auto‑édition (Amazon KDP, BoD, impression à la demande, vente directe de livres) peuvent et doivent être rattachés au régime social des artistes‑auteurs, comme les droits d’auteur versés par une maison d’édition.
Concrètement :
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Vous déclarez vos revenus d’auteur à l’URSSAF Limousin (seule URSSAF compétente pour les artistes‑auteurs). Pour cotiser, il faut donc se déclarer.
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Ces revenus servent de base aux cotisations sociales (maladie, CSG‑CRDS, retraite de base, retraite complémentaire RAAP/IRCEC le cas échéant). Voir auto-édition et Agessa.
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Fiscalement, ils sont imposés soit en traitements et salaires (si assimilés à des droits d’auteur gérés par un tiers), soit en BNC / micro‑BNC (si vous gérez vous‑même votre activité).
Ce point de départ est important : que vous soyez en activité, retraité, salarié, micro‑entrepreneur ou gérant d’EURL, les revenus qui viennent de la vente de vos livres restent des « revenus artistiques » et se combinent avec votre situation principale.
2. Publications « en perso » : IR + régime artiste‑auteur
Beaucoup d’auteurs auto‑édités commencent « en perso » : ils encaissent leurs redevances KDP/BoD sur leur compte, déclarent ces revenus à l’impôt sur le revenu, et s’affilient comme artistes‑auteurs à l’URSSAF Limousin.
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Fiscalité :
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micro‑BNC si vos recettes restent en dessous des plafonds, avec abattement forfaitaire de 34 % avant impôt.
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ou BNC réel si vos frais sont très élevés (rare en édition de livres seule).
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Retraite / cotisations :
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vous cotisez au régime général (retraite de base) sur vos revenus d’auteur à partir du premier euro.
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au‑delà de certains seuils d’assiette, vous cotisez aussi au RAAP (retraite complémentaire IRCEC des artistes‑auteurs).
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si vous êtes déjà retraité, ces cotisations continuent à générer des droits pour la retraite de base ; pour les complémentaires, cela dépend des règles du régime complémentaire concerné (IRCEC, etc.).
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En résumé : publier « en perso » + régime artiste‑auteur = vous alimentez (ou continuez d’alimenter) vos droits à retraite de base via vos livres, même si vous êtes à la retraite par ailleurs.
3. Auto‑édition avec une micro‑entreprise (ex‑auto‑entrepreneur)
Certains auteurs choisissent la micro‑entreprise pour encaisser leurs ventes (souvent pour cumuler avec d’autres prestations : correction, formation, conférences).
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Socialement, la micro‑entreprise relève du régime des indépendants (cotisations calculées sur le chiffre d’affaires déclaré), et pas du régime artiste‑auteur pour cette part d’activité. Vos livres y sont alors traités comme une activité commerciale (vente de biens) ou libérale (prestations), selon vos options.
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Vous cotisez donc à la retraite via la micro‑entreprise (sécurité sociale des indépendants), et non via la sécurité sociale des artistes‑auteurs pour cette partie‑là.
C’est un choix intéressant :
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avantage : régime simple, prélèvements proportionnels au CA, bonne lisibilité pour un « business global » (livres + prestations) ;
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inconvénient : vous ne profitez pas du régime social spécifique artiste‑auteur pour vos revenus de droits.
En cumul emploi‑retraite ou cumul avec une pension, Pôle emploi ou votre caisse de retraite vous demanderont de déclarer vos revenus de micro‑entreprise pour ajuster vos allocations ou vérifier le plafond de cumul.
4. Auto‑édition via une société (EURL, SASU, etc.)
Certains auteurs créent une structure (EURL, SASU) pour porter une véritable activité d’édition (catalogue, autres auteurs, prestations).
Deux cas typiques :
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La société encaisse les ventes et vous verse un salaire (vous êtes dirigeant salarié)
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Vos cotisations retraite sont celles du régime salarié via la société (URSSAF, AGIRC‑ARRCO).
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Cela ressemble plus à une activité d’éditeur qu’à une activité d’auteur.
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La société encaisse les ventes mais vous reverse des droits d’auteur en tant que personne physique
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Ces droits d’auteur restent soumis au régime artiste‑auteur (URSSAF Limousin, IRCEC, etc.), et viennent s’ajouter à vos autres droits salariés ou retraite.
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Dans la pratique, dès que vous vous professionnalisez avec plusieurs auteurs, une diffusion large, un stock, etc., la structure d’édition (EURL/SASU) peut avoir du sens, mais il faut alors bien distinguer ce qui relève de votre statut d’éditeur (salaire, dividendes) de ce qui relève de votre statut d’auteur (droits d’auteur).
5. Le régime artiste‑auteur : pivot pour la retraite
Le régime artiste‑auteur est aujourd’hui la référence pour les écrivains, y compris en auto‑édition :
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affiliation et déclaration auprès de l’URSSAF Limousin ;
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cotisation au régime général (retraite de base) ;
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en complément, cotisations au RAAP (IRCEC) au‑delà de certains seuils d’assiette sociale, qui vous permettent d’acquérir des points de retraite complémentaire spécifiques à votre activité d’auteur.
Quelques repères utiles :
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les revenus d’auteur se cumulent avec vos autres revenus (salariés, indépendants, retraite) pour la retraite de base ;
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si vous êtes auteur + salarié, vous cotisez des deux côtés : au moment de liquider vos droits, vos salaires et vos droits d’auteur sont pris en compte;
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si vous êtes déjà retraité, vous pouvez continuer à percevoir des droits d’auteur et, en principe, acquérir des droits supplémentaires sur la retraite de base (là encore, voir les règles en vigueur dans votre régime, et notamment la distinction base / complémentaire).
6. Auto‑édition et retraite : cumul et vigilance
Pour un retraité qui souhaite s’auto‑éditer, les grandes lignes sont les suivantes :
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Vous n’avez pas besoin d’autorisation spécifique pour publier et vendre vos livres.
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Vous pouvez ouvrir une structure (micro‑entreprise, société) ou rester en régime artiste‑auteur.
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Vous devez respecter les règles de cumul emploi‑retraite de votre régime principal (âge légal atteint, durée de cotisation suffisante, etc.) pour ne pas voir vos pensions plafonnées ou suspendues.
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Vos revenus d’auteur (droits, BNC, micro‑BNC ou activité indépendante) doivent continuer à être déclarés aux organismes sociaux et au fisc – être à la retraite n’exonère pas de cotisations sur de nouveaux revenus.
En pratique, pour un auteur de livres auto‑édités, la solution la plus simple et la plus lisible (hors projet d’édition « industrielle ») reste souvent :
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statut artiste‑auteur à l’URSSAF Limousin pour les revenus de vente de livres ;
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déclaration fiscale en micro‑BNC si les montants restent modestes et si vos frais réels ne dépassent pas l’abattement standard.
7. Comment choisir votre configuration ?
Quelques questions à vous poser :
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Vos revenus de livres sont‑ils complémentaires (quelques centaines / milliers d’euros) ou vont‑ils devenir votre activité principale ?
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Avez‑vous d’autres activités marchandes à côté (coaching, formation, conférences) qui justifient une micro‑entreprise ou une société ?
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Êtes‑vous déjà affilié comme artiste‑auteur (via une maison d’édition, la SACD, la SGDL…) ?
En fonction de vos réponses, vous pouvez :
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rester auteur en perso + artiste‑auteur (cas le plus simple pour beaucoup d’auto‑édités) ;
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basculer tout ou partie de l’activité dans une micro‑entreprise si vous vendez aussi des prestations ;
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créer une structure d’édition si vous développez un catalogue complet.

